A un an de l’élection présidentielle, la gauche est enlisée dans des divisions qui semblent inextricables et la rendent aussi inaudible que peu attractive. Alors qu’elle se situe à un étiage électoral historiquement bas et ne convainc qu’un petit tiers des votants, elle persiste à ne parler qu’à elle-même. Cette fragmentation mortifère cache une problématique sociologique plus profonde. Le peuple est devenu un problème pour la gauche, si on entend par là les catégories populaires. Elle a vocation à les représenter dès lors que la justice sociale reste sa boussole.
Comme à chaque élection présidentielle depuis 2002, ses candidats et ses partis redécouvrent que les milieux populaires – ouvriers et employés – constituent toujours près de la moitié des électeurs potentiels. Majorité sociale, ils sont devenus une minorité électorale par leur abstention, mais, le scrutin approchant, sortent de leur invisibilité, pour devenir tantôt une « cible » à reconquérir, tantôt un obstacle à contourner.
Deux tentations à gauche sont désormais bien identifiées : l’impasse sur les catégories populaires et la mobilisation d’autres électorats, ou le choix de ne viser qu’une partie de ces classes populaires. Divers faits d’actualité et déclarations politiques viennent le rappeler. Une note de l’équipe de Raphaël Glucksmann préconisant au candidat de ne pas s’adresser aux 18-25 ans, à tous ceux dont les revenus sont inférieurs à 1 500 euros par mois, aux familles monoparentales, aux « banlieues » ou aux détenteurs du seul baccalauréat a fuité, et suscité une controverse.
Marketing électoral
Le leader du mouvement Place publique vise en effet un public plus aisé et plus éduqué, celui-là même que Karim Bouamrane, maire (Parti socialiste, PS) de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, cherche à attirer dans sa ville, dans une logique de gentrification qui le conduit notamment à refuser l’installation d’une succursale de la chaîne de fast-food Master Poulet. Le combat de l’édile se fait au nom de la lutte contre la malbouffe, mais ce sont surtout les effets stigmatisants pour l’attractivité du territoire et son nouveau peuplement qui sont rejetés. L’orientation sociale-démocrate partagée de Raphaël Glucksmann et de Karim Bouamrane les conduit au même mépris de classe.
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