Pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise catholique, un pape reconnaît la responsabilité directe du Vatican dans la légitimation de l’esclavage. Dans sa première encyclique – une lettre officielle adressée à l’ensemble des fidèles et faisant autorité en matière de doctrine – publiée lundi 25 mai, Léon XIV demande « sincèrement pardon » pour le retard avec lequel le Vatican a « condamné le fléau de l’esclavage ». Il s’agit d’une démarche sans précédent, alors que ses prédécesseurs s’étaient jusqu’ici limités à reconnaître la participation de chrétiens, sans mettre en cause l’institution elle-même.
Au cours de l’histoire, « le Siège apostolique romain, sollicité par les demandes des souverains, est intervenu à plusieurs reprises pour réglementer et légitimer les modalités de soumission et, dans certains cas, de réduction en esclavage des “infidèles” », écrit le pape américano-péruvien dans l’encyclique Magnifica Humanitas, ou « Magnifique humanité » en français. Le pape a tenu à présenter lui-même le texte lors d’une conférence de presse ce lundi, soulignant l’importance de ce document, daté du 15 mai.
« Nous ne pouvons nier ni minimiser le retard avec lequel l’Eglise et la société ont condamné le fléau de l’esclavage », écrit-il dans l’encyclique. « C’est pourquoi, au nom de l’Eglise, je demande sincèrement pardon », poursuit-il. « Il est inévitable d’éprouver une profonde douleur en considérant l’énorme souffrance et l’humiliation que l’esclavage a signifiées pour tant de personnes, infiniment aimées par le Seigneur, en contraste avec leur dignité sans limites », relève le souverain pontife.
Une « blessure dans la mémoire chrétienne »
Les prédécesseurs de Léon XIV ont déjà reconnu la participation de chrétiens à des actes d’esclavage, notamment Jean-Paul II, qui avait dénoncé cette « tragédie » lors de sa visite à Gorée, au Sénégal, en 1992.
Pour sa part, Léon XIV regrette l’attitude de son institution qui a « longtemps toléré l’esclavage et n’en est venue qu’ensuite à le condamner de manière absolue ». Il s’agit « d’une blessure dans la mémoire chrétienne de laquelle nous ne pouvons nous considérer étrangers », ajoute-t-il. Le pape souligne également que l’Eglise a possédé des esclaves jusqu’au Moyen Age. « Il faut attendre le XIXe siècle pour trouver une condamnation formelle, absolue et universelle de l’esclavage, notamment avec Léon XIII », rappelle encore le pape américano-péruvien.
Dans ce premier écrit majeur, consacré notamment aux défis éthiques posés par l’intelligence artificielle, le souverain pontife condamne également « de nouvelles formes d’esclavage », notamment celles « directement liées à l’économie numérique ».
Le Monde avec AFP















